Une vieille histoire :

Le paravent naît en Chine et devient courant dès le VIIème siècle même si certaines sources le signalent déjà avant J.-C. Dans un premier temps, il s'agit de simples panneaux de bois sur un socle servant d'écran. Son étymologie, ping fen, signifie d'ailleurs « adorable bouclier ».


Byobu - ©National Museum of Japanese History
Adopté par le Japon dès le VIIIème (byôbu) puis la Corée (pyõng p'ung), le paravent devient un objet indispensable aux plus riches intérieurs et aux cours royales. Ses premières fonctions sont multiples : il conserve la chaleur du feu, permet de se dissimuler aux regards même lors d’entretiens d’affaires ou politiques, protège des démons…

Les Japonais développent son rôle de cloison mobile. Ils vont aussi l’alléger et remplacer les panneaux de bois par du papier ou de la soie. Mais ce seront les paravents coréens qui se répandront le plus en Asie et gardent la réputation d’être les plus richement ornés. Le paravent en occident : Dès le XVème siècle, les voyageurs européens intrigués par la beauté de l’objet en rapportent quelques exemplaires. Selon Le Robert, la première évocation littéraire en France du paravant date de 1599 puis devient paravent au XVIIème. Via les comptoirs de la Compagnie des Indes, cet objet inédit en France devient à la mode et fait vite fureur dans toutes les cours européennes par son aspect exotique et ludique. Le théâtre lui trouve également maintes vertus pour multiplier aisément les décors.
Mais surtout, le paravent renouvelle imperceptiblement la répartition des espaces intérieurs, entre autres des fonctions domestiques intimes : toilette, habillement, sommeil.

Le paravent et les peintres

Outre ses fonctions de meuble, le paravent a toujours été un support prisé des artistes. En Asie, les plus grands maîtres ont peint et décoré les paravents. Mais dès son arrivée en Europe, les peintres les plus fameux s'approprient ces panneaux mobiles et panoramiques tels Watteau ou Boucher. Au XIXème siècle, le paravent est plus que jamais en vogue en France, mode soutenue par le japonisme ambiant. Le Japon produit d'ailleurs alors une production spécialement destinée à l'exportation.

Piere Bonnard - ©ADAGP

Les exemples se multiplient de paravents ou de panneaux peints par les plus grands dont Corot ou Cézanne. Mais c'est le mouvement Nabis qui offre une large production de travaux sur paravents ou panneaux. Pierre Bonnard (photo), Maurice Denis, Ker-Xavier Roussel, Paul Sérusier et surtout Edouard Vuillard réalisent de larges paravents sur toiles aux thèmes souvent très luxuriants, aux scènes animales et bucoliques.


Marc Chagall - ©Fondation Maeght
Au XXème siècle, le goût de la peinture sur paravent demeure tel un exercice de style incontournable et plaisant. Dès le début du siècle, on trouve les signatures de Mucha, Vallotton ou Redon. Puis plus tard, Léger, Utrillo, Ernst ou Man Ray se lancent, parfois incités par les galeristes. Les architectes ou décorateurs s'emparent plus que jamais de cet objet aux milles fonctions et mille facettes.

Enfin, tout au long du siècle, la liste des artistes qui se prêtent au jeu ne cesse de s'enrichir : Robert Rauschenberg, Gérard Garouste, Keith Haring, Robert Combas, Marc Chagall (photo)…


BIBLIOGRAPHIE :
> Une histoire de paravent : [exposition Roubaix, La Piscine-Musée d'art et d'industrie André
Diligent] / [textes de Bruno Gaudichon et Alice Morgaine]. - Roubaix : la Piscine ; [Paris] : Somogy,
2005.
> Les Nabis / Claire Freches-Thory et Antoine Terrasse, Paris, Flammarion, 2003.
> Une page complète sur les Byobu.
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